Le manoir du chêne Saint-Louis

On ne sait que peu de chose sur cette demeure bâtie à la même époque que la collégiale Saint-Léger voisine, entre le XIIIème et le XVème siècle. La tour et la grande pièce de réception du rez-de-chaussée, les dépendances ainsi que les grandes caves témoignent d’un usage public important. Apanage seigneurial la tour rappelle la noblesse des propriétaires. Dans les combles, un système de poulie original indique qu’on stockait le grain de façon importante. L’ensemble contribuait-il au système de défense de la ville, renforcé par deux fois ? Ce n’est pas improbable si l’on considère la vue dégagée sur la vallée de l’Yonne depuis l’étage et la tour.

Une chapelle (aujourd’hui dédiée au Sacré-Cœur), un cachot et une écurie forment l’enceinte de la cour pavée que domine la tour derrière un grand porche de pierres. Les deux caves voûtées de plus de 40 mètres carrés chacune sont accessibles par un escalier droit permettant de descendre les barriques et de remonter les denrées de la cave par une manivelle encore installée en haut des marches. Un four à pain dont les dernières modifications datent de 1861, comme en témoignent les fontes de la fonderie de Sens, sert de contrefort à la grande salle officielle, transformée avec le temps en grand salon. On y retrouve les modes du XVIIè et XVIIIème siècle, notamment sur la cheminée monumentale devenue cheminée d’apparat. La restauration en cours a fait le choix de revenir aux pierres médiévales avec les techniques de jointage, chaux et crin, de l’époque. Une dernière dépendance achève de renforcer la protection de la grande salle. On ne connait pas sa destination initiale et sans doute a-t-elle été ajoutée tardivement donnant lieu à une ouverture XIXème sur l’arrière offrant un accès direct sur la place de l’église. On voit encore sur le fronton de cette grande porte de bois et de fer forgé le nom du boucher qui avait établi là, un temps, son étale. Réaffectée à sa destination d’office, on voit encore dans la grande cuisine les crochets du boucher.

Mais, avec les caves, le joyau de la demeure est la tour Sainte-Marie desservant les étages par un escalier de pierres en colimaçon et sa magnifique charpente en enrayures, dans lequel le vent s’engouffre, impétueux, les jours de tempête.

Terre des comtes, puis ducs de Nevers, c’est bien l’emprise ecclésiastique qui domine la paroisse. Point de converge des villages avoisinants, on retrouve aujourd’hui encore cette force d’attraction du coteau de la chênaie. Tannay, la chênaie en latin, ainsi dénommée au moins déjà en 1121.

Demeure noble sur terre ecclésiastique, c’est tout naturellement dans la continuité que nous avons voulu situer cette vieille bâtisse en la renommant manoir (lieu de juridiction) du chêne (Tan) Saint-Louis (le pieux souverain), reprenant ainsi le nom que lui donne l’auteur du roman œnologique dont il est la scène principale « L’énigme du manoir du chêne Saint-Louis ».

Jusqu’en 2004 encore résidence d’un abbé, c’est en 2022 que le propriétaire actuel le rachète à des Anglais afin d’en faire un manoir dédié au vin.